L’Atelier de Catherine Wilkening – Galerie Loo and lou Gallery

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01/02/2019 - 28/02/2019

A Propos de

Catherine Wilkening, Sculpteur et comédienne

Catherine Wilkening nous ouvre les portes de son atelier dans le 19ème arrondissement de Paris.

Catherine Wilkening fait désormais partie du club très restreint des acteurs à avoir réussi une double vie de comédienne et de plasticienne, comme des personnalités aussi célèbres que Jean Marais, Dennis Hopper ou Antonin Artaud. Une reconnaissance récente et méritée pour une œuvre ouverte, dont l’authenticité fait souvent défaut à des pratiques plus académiques. Étrange ironie, pour cette actrice qui tourna avec les plus grands acteurs, que de se retrouver à marcher incognito sur les sentiers de la création plastique !

Pourtant lorsque Catherine Wilkening sculpte, elle ne joue plus. Elle délaisse la faconde de son métier d’actrice au profit d’une nécessité farouche de pratiquer l’art de pétrir les matières, loin des feux de la rampe du 7ème art. Une autre Catherine se révèle alors, qui sans rien renier de sa sensualité indécente, devient plus nocturne et mordante !

À l’image des sirènes dont le savoir est plus redoutable que les séduisantes ondulations de leur chevelure ou de leur chant, l’artiste se joue, alors, de la beauté apollinienne dont elle a, si souvent, affublée la figure féminine comme autant d’offrandes aux regards prédateurs d’un cannibalisme cinématographique.

 

D’où sans doute la jubilation de Catherine Wilkening à enfanter des monstres, mi-guerrières, mi-sorcières, femmes-enfants, ou éternelles adolescentes dont la puissance immature inquiète, par-delà leurs armes d’emprunt ou leurs formes improbables.

Les dernières œuvres de l’artiste sont de véritables ossuaires témoignant d’une guerre poursuivie sans relâche, à l’égard des grandes fabulations machistes qui peuplent nos mémoires (pas seulement cinématographiques…) Une ode aberrante au cannibalisme ! De fait, dans sa pénultième pièce de céramique, les pulsions de dévoration du petit chaperon rouge n’ont rien laissé d’autres que les os de tous les prédateurs (hommes-loups et autres lubriques porcelets), témoin d’un théâtre de la cruauté digne du Festin nu de Williams Burroughs ou du joyeux foutraque des pièces de Jarry.
Les psychanalyste n’ont qu’à bien se tenir !

L’actrice retourne la « pulsion » prédatrice et cannibale avec ironie, et permet aux « petites filles » de se promener librement dans les bois…

Ce goût avéré pour la cruauté, avec ces meutes sauvages d’enfants et de guerrières qui semblent prêtes à dévaster la terre, confère à l’œuvre de Catherine Wilkening une proximité troublante avec celle d’Henry Darger.

À l’instar de ce génie de l’art brut indigné par la brutalité qu’on inflige aux enfants (se présentant lui-même comme leur protecteur), Catherine Wilkening témoigne, aussi, dans ses œuvres d’une réflexion sur la violence, en particulier celle infligée aux femmes. Elle pose, à sa manière, la problématique du corps si souvent questionnée par les artistes de la modernité. De ce corps pesant, identifié, photographié, filmé, sexué, signifié, numérisé, normé, soigné, qu’il faut discipliner, mettre en mots, habiller, enterrer, etc.

L’œuvre semble, comme chez Darger, une manière de recréer un monde où l’injustice serait redressée et moquée.

 

« Sollicitée pour exposer, pendant plus de dix ans je refuse de montrer mon travail, je refuse le regard de quiconque sur mes guerrières, sur mes monstres, sur mes bébés que je chéris. Je revendique cet art comme mon expression libre, je le protège du jugement, de la critique aisée. Je prends le temps d’apprendre à me foutre du regard de l’autre. Il est mon luxe. »

 

À l’instar des créateurs outsiders, l’existence et l’art fusionnent chez cette artiste dans une intimité profonde ! Obstinée, Catherine Wilkening refuse d’abord tout projet d’exposition comme toute idée de vente. Proche en cela de cet esprit de l’art brut dont elle fréquente assidûment les expositions, elle pourrait faire sienne la formule de Dubuffet, « l’art déteste d’être reconnu et salué par son nom ». Voulant échapper à tout regard critique, elle sculpte clandestinement, en fuyant la communication de cette seconde vie, à l’inverse de nombreux créateurs contemporains qui deviennent trop souvent de simples communicants.
Libérée ainsi de cet autre omnipotent – si vorace dans l’univers cinématographique notamment – Catherine Wilkening peut, alors, délier ses mains du respect des seules données visuelles, et emporter ses statuaires, bien loin des rôles d’emprunt qu’elle endossent trop souvent malgré elle…
Aussi, les œuvres de Catherine Wilkening ne se déchiffrent pas d’un coup d’œil rapide, non, il faut les regarder longtemps pour pénétrer le sens de leurs formes. Les monstres exquis de la comédienne se dérobent à nos yeux dans les dédales et l’extrême finesse des porcelaines, dont l’artiste a acquis le secret ! Elles hurlent, se tordent sous l’apparente douceur de la consistance de l’émail blanc, pour le plus grand plaisir de nos âmes.

Ces crucifixions indécentes et rêveuses sont autant d’Offrandes à la terre qu’elle vénère !

Car, pour cette artiste née dans une Bourgogne campagnarde, le travail des matières naturelles, s’accompagne de sensations «archaïques» et intenses. Ce retour aux origines, elle le décrit même avec lyrisme :
« Il y a 7 ans, l’envie d’accéder à davantage de douceur dans mes œuvres m’attire. Mon ventre n’accouchant que de monstres, je décide de me confronter au blanc, à la pureté du blanc et à l’extrême finesse de la porcelaine. La magie opère, très vite je comprends que la seule manière pour que cette terre prenne forme, c’est de lui donner beaucoup de patience et beaucoup d’amour. Mon apaisement ne passera plus par la violence, mais par la quiétude. »
Cette révélation esthétique de la terre est d’autant plus intense qu’elle survient après plusieurs années d’«anesthésie» consécutives à l’expérience de la boulimie dont elle a confié l’enfer dans une autobiographie troublante, Les mots avalés.

 

L’œuvre de Catherine Wilkening participe, de ce point de vue, d’un regain pour les matériaux bruts et les pratiques manuelles, longtemps dévalués par des arts plus conceptuels, et qui se manifeste aujourd’hui chez nombres d’artistes, par réaction contre l’environnement numérique et la désincarnation grandissante du tout digital dans la société actuelle. Par un besoin aussi de retourner symboliquement à une sorte de chamanisme imaginaire à un moment où les sociétés ‘primitives’ sont en train de vivre leurs derniers instants.

Le public pourra découvrir, du 4 au 7 avril lors de la prochaine édition ArtParis au Grand Palais ( au stand de Loo&Lou Gallery ), la magnifique sorcellerie des œuvres de Catherine Wilkening !
Ce reportage a été effectué par Newsarttoday.tv, la chaine de l’art contemporain sous la conduite de Philippe Godin, critique et Essayiste. Cet artiste a été recommandé par criticart.fr.
Catherine Wilkening à Lyon, Galerie Valérie Aymeric, § à Paris, Loo&Lou Gallery

http://catwilk.com

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