Une seule larme peut éteindre l’enfer – Galerie Eva Hober

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21/05/2016 - 31/07/2016

A Propos de

La galerie Eva Hober présente une exposition de groupe intitulée « Une seule larme peut éteindre l’enfer » du 21 mai au 25 juin 2016.

Le béton met un frein à la poétique de la ruine. Ce sont les pierres qui sont en ruine, s’érodent, s’offrent comme surface à dessin pour le temps. Le béton lui se fissure, craque. Les ruines, elles, sont une figure du voyage, motifs pittoresques, signes de culture et de possibles réalisations grandioses pour l’homme, occasion de méditation sur le temps qui fuit, mais occasion également d’un plaisir esthétique privilégié, née d’une expérience visuelle contrastée et colorée. Le béton qui se fissure, lui, tu le trouves dans ta cité qui va craquer – cette cité mise aux normes du béton drainant. Les fissurations que figurent les trois toiles de Youcef Korichi font percevoir l’atonie du gris, sentir les faiblesses du ciment, sentir la limite de la résistance du matériau composite, tomber dans les failles de l’aggloméré. La peinture cristallise l’énergie du craquement du béton et diffuse une sensation de matière qui fond, menant à son point de contradiction la matière dure qui peut rompre. Les trottoirs se fissurent, les constructions modernes se lézardent, les murailles enduites sont devenues lépreuses, grises de poussière. Les fenêtres y deviennent des petits yeux aveugles, celées. Alors les sols des villes de béton drainant craquent. Ça rompt parce que c’est trop dur, par un effet tectonique. L’eau s’est exilée, drainée loin par le béton. Les yeux sont secs. Les yeux des innombrables visages de femmes qui jonchent le sol sont secs. Des visages de femmes frappées, torturées, défigurées, qui habitent l’histoire et la géographie de la violence humaine, forment un épais tapis de portraits noir et blanc dans l’œuvre de Rebecca Bournigault. Le sol en est recouvert. Voir et avancer : la violence infligée est figurée par celle de l’installation. Mais l’image est un refuge, une sauvegarde. Son caractère iconique témoigne de la dureté de la persévérance qui se fait minérale. Il y a un devenir-pierre de la survie, qui s’arqueboute dans l’effort de continuer la vie, yeux grands ouverts. Cet effort fait tressaillir les granits, se lever les pierres. Sculpter des statues à la gloire de la vie incommensurable. Beauté de cette force humaine et féminine de granit, fixée dans le dessin de Damien Cadio de la Victoire de Samothrace. Flamboyance de la forme et victoire de la vie passée au grain noir blanc, esthétique du contraste puissant et de l’inaltérable jeu des forces pérennes, opposée aux vicissitudes du béton, tout en nuances de gris. Cet écartèlement entre la pierre et le revêtement de béton mène au motif de la vanité. Les aires de jeu, jardinets et autres squares des espaces urbains renfermés, ceinturés, produits expéditifs de l’urbanisme contemporain, sont comme des vanités d’aujourd’hui. Le tableau vidéo de Clément Cogitore fait de ce contexte urbain gris son décor : dans le cadre fixe de l’image, cinq loups émergent de la brume livide. Sur une musique d’oratorio baroque, composé de Cantates morales de Luigi Rossi et de madrigaux spirituels de Claudio Monteverdi, ils errent dans un espace clos tenant à la fois du square pour enfants, du décor d’opéra et d’une vieille ménagerie abandonnée, qui donne une impression de destruction cataclysmique, ayant peut-être désaxé la terre et mis fin au règne de l’humanité sur les autres espèces animales. Ce faisant, alors que s’orchestre ce Memento mori, les voix humaines s’élèvent dans l’espace et habitent les brumes de l’image apparemment désertée, et irradient d’une présence que leur fragilité même contribue à rendre indéfectible.

Informations pratiques :

GALERIE EVA HOBER
35-37 rue Chapon
75003 Paris – France
01 48 04 78 68
mylene-assistant@evahober.com
www.evahober.com

 

Remerciements à Andy Emler, auteur-compositeur pour la musique.
Réalisée par Quentin Hautcoeur
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FLASH INFOS
A PIED D'OEUVRE (s), la Monnaie de Paris expose les sculptures au sol à l 'occasion des 40 ans du centre Pompidou jusqu'au 9 juillet 2017.-Rodin l'exposition du centenaire. A l’occasion du centenaire de sa mort, l’exposition pose un regard nouveau sur cet artiste protéiforme, convoquant ses collectionneurs ou encore les artistes de son temps, Bourdelle, Claudel, Brancusi, Picasso ou Richier, donnant ainsi à voir et à comprendre la puissance de son génie. Au Grand Palais du 22 mars au 31 juillet-Picasso, Matisse et Braque à bonne adresse. Prenant appui sur le livre d’Anne Sinclair, petite-fille du marchand Paul Rosenberg, l’exposition du Musée Maillol redonne à la galerie sise 21, rue La Boétie l’éclat qui fut le sien. Jusqu’au 23 Juillet.-
Avant-Première

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